Lettre de Yasmina Khadra à sa mère

C’est toi qui m’a appris à faire d’un mot une magie, d’une phrase une partition et d’un chapitre une saga" Yasmina Khadra rend hommage à sa mère dans une lettre émouvante.
Paris, le 2 avril 2020.

LETTRE A MA MÈRE

Yasmina Khadra et sa mère
Yasmina Khadra rend hommage à sa mère

Ma chère petite maman,

Depuis quelques jours, contraint au confinement pour cause du coronavirus, j’essaye de terminer le seul roman que j’aurais aimé que tu lises, toi qui n’as jamais su lire ni écrire; un roman qui te ressemble sans te raconter et qui porte en lui le sort qui a été le tien. 

Je sais combien tu aimais la Hamada où tu avais traqué la gerboise et martyrisé  les jujubiers pour quelques misérables fruits. J’ai cherché dans ce livre à revisiter les lieux qui avaient compté pour toi, les barkhanes taciturnes et la trace de tes héros. 

C’est toi qui m’as donné le courage de m’attaquer enfin à cette épopée qui me hante depuis des années… Dis-moi, comment vas-tu, Là-haut ? Tu ne veux pas me répondre ? Tu préfères sourire à cette écriture sur mon ordi dont tu n’as pas les codes. Je sais combien tu aimes les histoires. 

Tu m’en racontais toutes les nuits, naguère, tandis que je refusais de m’assoupir tant ta voix était belle. J'aurais voulu qu’elle ne s’arrête jamais de bercer mon âme. Il me semblait, qu’à nous deux, nous étions le monde… 

C’est toi qui m’as appris à faire d’un mot un magicien, d’une phrase une partition et d’un chapitre une saga. C’est pour toi, aussi, que j’écris. Pour que ta voix demeure en moi. Toi qui frisais le nirvana lorsque tu te dressais sur la dune en tendant la main au désert pour en cueillir tous les mirages; toi qui ne pouvais dissocier un cheval qui galope au loin d’une révélation divine, tu te sentirais dans ton élément dans mon livre et tu ferais de chacun de mes points d’exclamation un point d’honneur. Quand il m’arrive de retourner à Oran, je vais souvent m’asseoir à notre endroit habituel et convoquer nos papotages qui se poursuivaient jusqu’à ce que tu t’endormes comme une enfant. 

C’était le bon vieux temps, même s’il ne remonte qu’à deux ans — deux ans interminables comme deux éternités. Nous prenions le frais sur la véranda, toi, allongé sur le banc matelassé et moi, tétant ma cigarette sur une marche du perron, et nous nous racontions des tas d’anecdotes en riant de notre candeur. 

Mon Dieu ! Que faire pour retrouver ces instants de grâce ? Quelle prière me les rendrait ? On a beau croire que le temps nous appartient, il lui revient la tâche ingrate de séparer à jamais ceux qui se chérissent. Ne reste que le souvenir pour se bercer d’illusions. 

Ma petite maman d’amour, depuis que tu es partie, je te vois dans toutes les grands-mères ? Qu’elles soient blondes, brunes ou noires, il y a quelque chose de toi en chacune d’elles. Si ce ne sont pas tes yeux, c’est ta bouche;  si ce n’est pas ta voix, c’est ta démarche; si ce n’est rien de tout cela, c’est l’émotion que tu as toujours suscitée en moi. Tantôt étoile filante dans le ciel soudain triste que tu lui fausses compagnie, tantôt île au milieu d’un océan de tendresse, tu es ma merveille à moi. Si je devais un jour te rejoindre, maman, je voudrais qu’il y ait une part de nous deux dans tout ce qui nous survivrait. Puisque seul l’amour sait nous raconter à ceux qui savent écouter.

COMMENTAIRES

BLOGGER: 8
  1. Si je devais écrire une lettre à maman pour lui signifier tout mon amour, mon respect et mon admiration je m’inspirerai de votre lettre d’où ressort tant d’émotions, paix aux âmes de toutes les mamans qui ont pu toucher le cœur de leurs enfants pour l’éternité.

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  2. SEUL L AMOUR Y PARTAGE LA VIE POUR VIVRE ENSEMBLE ET EN COMMUN

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  3. Anonyme25/11/22

    Un texte profond et universel. Un témoignage émouvant, heureux et plein d'amour.
    Trés touchant et tendre. Merci pour ce texte YKH

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  4. nacer7/2/23

    L'amour de la mère envers son enfant est l'infini. La mère te donne tout ce que tu lui rend est négligeable.

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  5. Anonyme27/7/23

    Bonjour, ce texte n'est pas la version originale de l'écrivain. Je l'ai entendu lire en présence de Yasmina Khadra.
    La version originale est sur la page de "radio France"...

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  6. Karim Banni31/3/26

    Dans le tumulte des voix et des plumes, il est de ceux qui ne tremblent pas. Un homme dont les mots ne sont pas seulement des phrases, mais des actes, des prises de position, des serments silencieux faits à sa patrie. Écrivain d’exception, il incarne à lui seul une fierté nationale, un souffle puissant qui traverse les frontières et porte haut le nom de l’Algérie.
    Sa plume est une arme noble, affûtée par l’amour profond qu’il voue à sa terre. Là où d’autres hésitent, lui affirme. Là où certains doutent, lui défend. Il ne se contente pas d’écrire : il représente, il protège, il honore. À travers chacune de ses œuvres, il dresse un rempart contre l’oubli et l’ingratitude, rappelant au monde la grandeur d’un peuple et la dignité d’une histoire forgée dans le sacrifice.
    Les ennemis de son pays le redoutent autant qu’ils le détestent, car ils savent qu’il excelle là où ils échouent. Il domine son domaine avec une maîtrise rare, s’imposant comme le meilleur de sa génération, celui dont la voix ne peut être étouffée ni ignorée. Et face à lui, les jaloux murmurent, critiquent, tentent d’exister dans son ombre… en vain. Car le talent véritable ne se discute pas, il s’impose.
    Dans les heures sombres de la décennie noire, alors que le pays vacillait, il fut de ceux qui ont tenu bon. Par ses mots, par sa présence, par son engagement, il a contribué à empêcher la chute, à maintenir vivante la flamme de l’espoir et de la résistance. Il n’a jamais tourné le dos à l’Algérie, jamais cédé à la facilité de la critique stérile. Au contraire, il a choisi la fidélité, l’honneur, la constance.
    Fier héritier de la lutte de libération nationale, il en porte la mémoire avec respect et noblesse. Il sait que chaque ligne écrite est aussi un hommage à ceux qui ont donné leur vie pour que cette terre demeure libre. Et il n’oublie jamais d’en parler, de transmettre, de rappeler.
    Infatigable ambassadeur de son pays, il saisit chaque occasion pour en faire l’éloge, pour en révéler les richesses, la beauté, la profondeur. Son amour pour l’Algérie n’est pas une posture : c’est une vérité qui traverse toute son œuvre, une fidélité qui ne se négocie pas.
    Un écrivain comme lui ne naît pas tous les jours. Il est plus qu’un artiste : il est une conscience, une voix, un symbole. Et tant que ses mots continueront de résonner, l’Algérie pourra compter sur l’un de ses plus dignes fils.

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